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Apprendre en s’amusant : comment l’humour peut transformer les devoirs?

Quand j’étais enfant, la lecture n’était pas vraiment ma passion.

J’avoue, j’avais tendance à traîner les pieds avant d’ouvrir un livre… sauf pour Tom-Tom et Nana. À la bibliothèque, c’était mon rituel : je filais droit vers leur rayon et je repartais les bras chargés de tomes. Leurs aventures me faisaient éclater de rire à chaque page et, sans m’en rendre compte, j’étais en train d’apprendre en m’amusant.

Je me souviens particulièrement de l’épisode des lunettes.

À l’école, tout le monde en voulait pour avoir l’air cool. Tom-Tom et Nana ont décidé qu’ils ne voyaient plus rien, juste pour avoir une paire eux aussi. Leurs grimaces exagérées m’ont fait rire jusqu’aux larmes. Mais au moment du test de lecture chez l’ophtalmo, tout a basculé : chacun voulait prouver qu’il lisait mieux que l’autre et leur stratagème a volé en éclats. Je riais toute seule en imaginant la scène.

Si tu es parent d’un enfant neuroatypique, tu sais à quel point les difficultés d’apprentissage peuvent devenir une source de tension au quotidien. Les devoirs, la lecture, l’écriture… parfois tout devient lourd et conflictuel. C’est là que l’humour devient un outil formidable : il désamorce les frustrations, allège la pression et redonne à ton enfant l’élan dont il a besoin pour continuer.

Dans cet article, je te partage ce que la science nous dit sur les effets de l’humour sur le cerveau, les émotions et la motivation. Et surtout, tu y trouveras des conseils simples et concrets pour introduire plus de légèreté dans les apprentissages à la maison. Prête?

La pédagogie de l’humour : pourquoi le rire aide à mieux apprendre?

Le rire détend et booste la mémoire

Les chercheurs le confirment : quand on rit, le corps libère des endorphines, ces petites hormones du bien-être qui apaisent l’anxiété.

Résultat, le cerveau se détend et peut se concentrer sur l’essentiel : apprendre. Saul Bogatti, qui a étudié l’humour en pédagogie, a montré que les élèves retenaient mieux les notions vues dans un climat plus léger. Le rire n’est donc pas juste agréable, c’est un vrai booster de mémoire.

L’humour capte l’attention et rend les infos inoubliables

L’humour surprend. Et la surprise, c’est exactement ce qu’il faut pour capter l’attention.

Le psychologue Avner Ziv a prouvé que les étudiants exposés à un enseignement avec humour obtenaient de meilleurs résultats que les autres.

Pourquoi ? Parce que le cerveau associe la notion à une émotion positive. Et quand une information nous fait sourire, elle s’ancre plus profondément dans notre mémoire.

Le climat positif motive ton enfant à continuer

Les recherches en sciences de l’éducation le disent : quand l’ambiance est agréable, on a plus envie d’apprendre. L’humour transforme l’effort en quelque chose de plus léger.

Le climat positif augmente l’envie de participer et d’aller jusqu’au bout. L’apprentissage devient moins une corvée et plus une expérience motivante.

Le rire rapproche et met en confiance

Rire ensemble crée un lien. Les études montrent que l’humour réduit la distance entre l’enseignant et les élèves et améliore la cohésion du groupe.

L’anthropologue Christine Escallier rappelle que le rire est un acte social : il renforce le sentiment d’appartenance et la sécurité pour oser se tromper. Et quand on n’a plus peur de l’erreur, on apprend beaucoup plus vite.

Le rire rend plus créatif et plus souple dans sa tête

L’humour oblige le cerveau à voir les choses autrement. Les chercheurs parlent de “flexibilité mentale” : la capacité de changer de perspective et de faire des liens inattendus.

C’est ce qui permet de comprendre plus profondément et de réutiliser ce qu’on a appris dans d’autres situations. C’est donc bien plus qu’un moment de détente : c’est un entraînement pour développer l’intelligence et la créativité.

Les scientifiques sont clairs : l’humour doit être bienveillant et dosé. Pas de sarcasme, pas d’excès, juste assez pour détendre l’atmosphère et relier les notions à des émotions positives. C’est là que la magie opère : moins de stress, plus d’attention, plus de motivation, un meilleur climat, et un cerveau prêt à apprendre.

A lire aussi : Comment aider ton enfant neuroatypique à faire ses devoirs à la maison? 7 stratégies

3 rituels pour introduire l’humour dans les devoirs à la maison

Après tout ça, tu te demandes sûrement : ok, mais comment je fais pour mettre un peu de ce “pouvoir du rire” dans les devoirs à la maison, sans transformer la cuisine en cirque ?

Bonne nouvelle : tu n’as pas besoin d’être humoriste pour y arriver. Quelques touches bien placées suffisent pour changer l’ambiance et déclencher ce fameux “cerveau en mode apprentissage”.

1/ Une image rigolote pour démarrer la séance

Commence par quelque chose de simple : une image qui fait sourire.

Les chercheurs parlent d’un “stimulus humoristique visuel” : un déclencheur qui provoque une émotion positive en un clin d’œil. Cela agit comme une petite respiration avant d’attaquer la tâche.

« L’instructional humor processing theory » explique que ce type de signal capte l’attention et prépare le cerveau à se concentrer.

En clair, ton enfant se détend, se sent plus en sécurité, et la séance démarre sans crispation. Le petit plus ? Impliquer ton enfant dans le choix de l’image renforce son engagement et donne au rituel une dimension complice.

2/ Un timer drôle pour rythmer les étapes

Les enfants ont besoin de repères temporels, mais un compte à rebours classique peut vite rappeler une alarme stressante.

C’est un peu comme le réveil le matin : il y a une grande différence entre être tiré du sommeil par un bruit de camion de pompier et se réveiller avec une chanson qui donne envie de danser.

Dans le premier cas, ton cœur s’emballe et tu commences la journée sous tension. Dans le second, ton cerveau se met en mouvement en douceur et ton humeur suit.

Les chercheurs de Tsukawaki ont montré que des signaux de transition humoristiques réduisent la résistance et facilitent le passage d’une étape à l’autre.

Remplacer un bip sec par un son amusant ou une voix drôle change complètement l’expérience. Le cerveau associe la fin de l’étape à une émotion agréable, ce qui favorise la continuité et évite l’effet “coup de fouet” qui bloque certains enfants.

Résultat : moins de batailles pour “reprendre”, une meilleure fluidité dans l’apprentissage et un climat beaucoup plus détendu. C’est un détail, mais un détail qui change tout : la transition devient presque un jeu, et ton enfant retrouve son énergie au lieu de la perdre dans la négociation.

3/ La pause grimace pour relâcher la pression

Elle peut paraître anodine, mais c’est une petite bombe physiologique. Le rire déclenche une baisse du cortisol (hormone du stress) et relance la production d’endorphines.

Une méta-analyse récente confirme que ces micro-moments d’humour réactivent l’attention et améliorent la mémoire de travail. Faire une pause de trente secondes pour rire relâche les tensions accumulées et recharge les batteries mentales. C’est une façon simple de rééquilibrer l’effort et la détente, sans perdre le fil de la tâche.

Ce qui est intéressant dans ces trois approches, c’est qu’elles respectent ce que disent les chercheurs : l’humour fonctionne mieux par petites touches, relié au moment d’apprentissage.

Pas besoin de blagues à répétition ni d’effets spectaculaires. Il s’agit surtout de créer un climat plus doux, moins intimidant.

Ces micro-rituels transforment les devoirs en expérience plus vivable pour tout le monde. Ton enfant sent que l’espace est sûr, que ses erreurs ne sont pas dramatiques, et que le moment peut même être agréable. Et toi, tu n’as plus l’impression de mener une guerre chaque soir.

L’humour, bien utilisé, devient ton allié pour faire baisser la pression et redonner à ton enfant l’envie d’apprendre.

Une autre méthode qui nous a beaucoup aidé : Dyslexie et lecture : comment le karaoké peut devenir un outil d’apprentissage ludique?

Apprendre à lire grâce à l humour : la méthode Apili

our beaucoup d’enfants neuroatypiques, la lecture est un vrai parcours du combattant. Si ton enfant rechigne à ouvrir un livre, tu n’es pas seul. L’humour peut changer la donne : il fait tomber la peur de se tromper et rend l’apprentissage plus léger.

C’est exactement l’idée de la méthode Apili : utiliser le rire pour transformer la lecture en moment de plaisir.

Qui a créé Apili et pourquoi?

Apili, c’est d’abord l’histoire d’un orthophoniste qui voulait redonner le sourire aux enfants qui peinaient à lire. Benjamin Stevens voit passer chaque semaine des enfants avec des troubles du langage, de la dyslexie, de la dysorthographie ou de la dyscalculie.

Et très vite, il se rend compte que pour beaucoup, la lecture est un moment de souffrance. Chaque mot est un obstacle, chaque phrase une épreuve, et les séances ressemblent plus à un combat qu’à un moment d’apprentissage.

Un jour, il tente quelque chose de différent. Au lieu de rester sur les phrases classiques, il les transforme en phrases drôles.

Il utilise la méthode Borel-Maisonny, mais avec un twist : un mot farfelu ici, une situation amusante là.

Et là, surprise : les enfants se mettent à rire, attendent la suite avec impatience, essaient même de deviner ce qu’il va écrire avant qu’il ait fini. C’est à ce moment-là que Benjamin comprend qu’il tient quelque chose. L’humour devient un outil pédagogique, pas juste un moment sympa.

Ce qui avait commencé comme un simple ajustement est peu à peu devenu un projet ambitieux. Benjamin s’est donné un but : créer une méthode de lecture qui redonne envie d’apprendre à lire, même aux enfants les plus en difficulté. Pas une méthode de plus, mais la méthode que les enfants ont envie d’ouvrir et de garder près d’eux, parce qu’elle leur donne confiance et leur prouve que lire peut être un plaisir.

Dans cette vidéo, il explique son parcours et la création du livre Apili.

apili
Orthophoniste (logopède) depuis plus de 20 ans, le Belge Benjamin Stevens a de par son expérience professionnelle
réalisé à quel point l’humour était un moteur puissant pour les enfants. ©D.R.

Comment fonctionne Apili?

Ce qui rend Apili unique, c’est qu’elle allie rigueur scientifique et plaisir.

Benjamin Stevens s’est plongé dans les travaux de Stanislas Dehaene, l’un des plus grands spécialistes de la lecture et du cerveau, pour construire une méthode solide. Il voulait que chaque étape respecte le fonctionnement naturel de l’apprentissage, mais sans jamais perdre de vue un objectif : donner envie de lire.

Résultat : Apili est une méthode syllabique, validée par les neurosciences, qui avance pas à pas. Chaque son est associé à un geste, chaque syllabe est illustrée par une bouche pour aider l’enfant à faire le lien entre la lettre et le son. Et surtout, il y a de l’humour à chaque page.

Pas un humour qui distrait, mais un humour qui capte l’attention et rend la mémorisation plus facile.

Une petite dose de surprise qui attire le cerveau et déclenche une émotion positive. C’est cette émotion qui aide l’enfant à retenir ce qu’il vient d’apprendre. Les histoires courtes, les situations farfelues et les personnages drôles transforment la lecture en un moment de découverte. L’enfant ne lit pas seulement pour finir sa leçon : il lit parce qu’il veut savoir ce qui va se passer après.

Tu peux retrouver les ressources gratuites Apili ici.

Mon expérience avec Melyssa, ma fille dyslexique

Quand j’ai découvert Apili, Melyssa avait déjà 12 ans.

Elle savait lire, bien sûr, mais chaque lecture ressemblait à un petit parcours du combattant. Elle butait sur certains mots, fronçait les sourcils, soupirait. Parfois, elle claquait le livre en disant : « J’en ai marre, c’est trop long ! » Et moi, je sentais la tension monter dans mon ventre, partagée entre l’envie de l’encourager et la peur qu’elle se dégoûte définitivement de la lecture.

C’est son orthophoniste qui m’a parlé d’Apili. Au début, j’ai hésité : “À son âge, est-ce que ça vaut vraiment le coup ?” Mais j’ai fini par cliquer sur “acheter”.

Le premier soir, on s’est installées toutes les deux dans le canapé. J’ai ouvert le livre et lu la première phrase à voix haute. Elle a éclaté de rire. Pas un petit sourire poli, un vrai fou rire, celui qui lui plisse les yeux et lui fait oublier qu’elle est en train de “faire un exercice”.

Alors elle a voulu lire la suivante. Et encore la suivante. Sans soupirer, sans dire qu’elle était fatiguée. J’étais sidérée.

Les jours suivants, elle venait d’elle-même chercher le livre. Et chaque petite victoire la faisait briller un peu plus.

Ce que j’ai adoré, c’est que cette confiance a débordé au-delà d’Apili. Quelques semaines plus tard, elle a commencé à replonger dans les livres de son âge, des livres qu’elle avait laissés de côté parce qu’ils lui semblaient trop compliqués. Cette fois, elle ne les regardait plus avec appréhension, mais avec curiosité.

Pour moi, Apili n’a pas seulement amélioré sa lecture : il lui a rendu l’envie de lire. Et pour un parent, voir son enfant retrouver ce plaisir-là, c’est un soulagement immense.

Pour en savoir plus sur notre histoire : De l’impuissance à l’optimisme avec OptimismeCool : comment tout a commencé?

FAQ — Apprendre en s’amusant : la puissance de l’humour

Est-ce que l’humour peut vraiment aider un enfant qui n’aime pas l’école ?

Oui, car l’humour déclenche des émotions positives qui facilitent la concentration et la mémorisation. Un enfant qui rit se détend et devient plus réceptif aux apprentissages. Cela transforme l’école d’une contrainte en un espace plus agréable où il se sent en réussite.

Comment utiliser l’humour sans perdre le contrôle de la séance de devoirs ?

L’humour doit rester une petite touche, pas une avalanche de blagues. Un déclencheur visuel ou sonore suffit pour détendre l’atmosphère avant de se remettre au travail. L’important est de garder le cap sur l’objectif tout en rendant le moment plus léger.

L’humour fonctionne-t-il aussi avec les enfants TDAH ou dyslexiques ?

Oui, c’est même un outil précieux pour eux. L’humour capte leur attention et les aide à dépasser la peur de se tromper. En réduisant le stress, il crée un climat propice aux apprentissages, même en cas de difficultés.

Conclusion : ramène de la légèreté dans les apprentissages

L’humour n’est pas juste un petit “plus” sympa.

C’est un outil puissant qui peut transformer les devoirs en moments beaucoup moins conflictuels. Il aide ton enfant à relâcher la pression, à se concentrer plus facilement et à retrouver le plaisir d’apprendre.

Chez nous, j’ai vu la différence dès les premiers jours. Les grimaces entre deux exercices, les phrases farfelues d’Apili, les petits rituels rigolos… tout ça a créé un climat plus léger. Melyssa a retrouvé confiance et moi j’ai arrêté de redouter l’heure des devoirs.

Si ton quotidien ressemble parfois à un bras de fer, c’est le moment d’essayer. Pas besoin de grands changements : une image drôle sur le bureau, un timer qui donne envie de sourire ou une pause rire de 30 secondes peuvent déjà désamorcer les tensions.

Et si tu veux aller plus loin pour retrouver le calme et la sérénité à la maison, j’ai créé un KIT DE SURVIE pour les parents d’enfants atypiques. Tu y trouveras des stratégies simples et efficaces pour apaiser les crises et retrouver de vrais moments de complicité.

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