Perfectionnisme chez l’enfant neuroatypique : comment l’aider sans briser sa confiance?
Noël approche, et comme chaque année, je me réjouis de ce moment où l’on transforme le salon en terrain de jeu lumineux. J’ai sorti les cartons, posé le sapin, préparé les guirlandes et les décorations avec cette envie simple de partager un instant doux, sans enjeu, juste ensemble.
Melyssa attrape immédiatement les guirlandes. Elle les déroule avec soin, les lisse entre ses doigts, puis prend du recul pour observer. Elle fronce les sourcils, s’approche à nouveau, redresse légèrement. Recule encore. “Non… attends.”
Elle enlève une boule que je viens de poser. La replace plus haut, puis plus à gauche. Elle tourne autour du sapin, se penche, plisse les yeux, ajuste encore. Chaque détail compte. Chaque centimètre semble crucial.
Très vite, elle intervient partout. Elle corrige, dirige et soupire quand quelque chose n’est pas exactement comme elle l’imagine. Les gestes deviennent plus rapides, plus tendus. L’ambiance change. Ce qui devait être un moment joyeux devient lourd, presque silencieux, chargé d’une pression invisible mais bien réelle.
Je la regarde faire, partagée entre admiration et inquiétude. Je vois son engagement, son exigence, son intensité. Et en même temps, je sens la tension monter chez elle… et chez nous.
À ce moment-là, une question me traverse, familière et inconfortable : comment accompagner ce perfectionnisme sans l’éteindre, comment protéger son élan sans laisser la pression envahir toute la famille ?
C’est ce chemin-là que je te propose d’explorer.
- Définition du perfectionnisme
- Signes de perfectionnisme chez l’enfant : savoir les identifier
- Le perfectionnisme chez les enfants atypiques
- Valoriser le processus, pas uniquement le résultat
- Cultiver l’acceptation de l’imperfection
- Encourager l’auto-compassion
- Le perfectionnisme forge les légendes
- Conclusion
Définition du perfectionnisme
Le perfectionnisme chez l’enfant est une tendance à rechercher un niveau de performance ou de réalisation extrêmement élevé, souvent associé à des attentes irréalistes envers lui-même.
Cela peut entraîner des sentiments d’anxiété, de frustration et de déception lorsque les attentes ne sont pas atteintes. Le perfectionnisme peut être motivé par le désir d’approbation, la peur de l’échec ou le besoin de contrôle.
Dans le cas du sapin de noël cité en introduction, c’est plutôt un besoin de contrôle.

Signes de perfectionnisme chez l’enfant : savoir les identifier
Voici les 5 signes les plus courants concernant le perfectionnisme :
- L’auto-critique excessive : L’enfant se critique sévèrement pour la moindre erreur ou imperfection, même celles qui sont mineures.
- L’insatisfaction constante : L’enfant peut être constamment insatisfait de ses propres réalisations, même s’il obtient de bons résultats.
- La fixation sur les détails : L’enfant se concentre souvent sur les détails au détriment de la vue d’ensemble, ce qui peut entraîner une perte de temps et d’énergie.
- La demande d’approbation constante : L’enfant recherche fréquemment l’approbation et les éloges des autres pour se sentir valorisé.
- Le stress et l’anxiété : Le perfectionnisme peut entraîner un stress et une anxiété accrus, car l’enfant se sent constamment sous pression pour performer de manière exceptionnelle. Et lorsque l’enfant échoue, la frustration, la colère ou la tristesse sont encore plus intenses.
Le perfectionnisme chez les enfants atypiques
Il y a 3 catégories d’enfants atypiques qui sont particulièrement touchés par le perfectionnisme:
Les enfants à Haut Potentiel Intellectuel (HPI)
Ces petits prodiges, souvent étiquetés comme « surdoués », ont une soif d’apprendre et une capacité à comprendre qui dépassent l’ordinaire. Le revers de la médaille ? Ils peuvent être extrêmement durs avec eux-mêmes, visant toujours la perfection.
Les enfants avec des Troubles de l’Attention (TDA)
Paradoxalement, certains enfants hyperactifs ou avec un TDA/H (Trouble Déficit de l’Attention/Hyperactivité) peuvent aussi être perfectionnistes. Ils peuvent se sentir constamment sous pression pour compenser leurs difficultés d’attention ou d’hyperactivité.
Les enfants hypersensibles
Ces enfants ressentent les choses plus intensément. Cette sensibilité accrue peut les rendre plus susceptibles de rechercher la perfection, dans une quête de contrôle sur un monde parfois trop stimulant.
Pour toi, parent de ces jeunes esprits, le défi est de taille. Comment les aider à viser l’excellence sans se noyer dans l’autocritique ? Voici quelques pistes pour t’aider.
A lire aussi : Comment aider ton enfant hypersensible?
Valoriser le processus, pas uniquement le résultat
Reprenons notre exemple de sapin de noël : ton enfant veut que chaque guirlande soit parfaitement alignée, que chaque ornement soit à la bonne hauteur, que les lumières clignotent en parfaite synchronisation.
Cela peut sembler un peu décourageant, n’est-ce pas ?
C’est là que nous devons reprendre la main. Plutôt que de se focaliser uniquement sur le résultat final (un sapin parfait), nous devons sensibiliser notre enfant sur le fait que le processus est tout aussi important. C’est dans ces moments d’effort collectif que se forment les souvenirs les plus précieux.
Invitons notre enfant à apprécier le voyage de la décoration du sapin, à rire des petites erreurs et à comprendre que la véritable magie de Noël réside dans l’amour et la connexion que nous partageons en famille.
Ca ne marche pas?
Une autre option : Accepter que la décoration soit importante pour lui.
Mais lui demander de ne pas s’attarder sur les détails au point de créer de la tension. Pourquoi pas lui attribuer une zone spécifique du sapin où il peut s’exprimer librement (le bas par exemple), tandis que le reste sera décoré de manière plus simple.
Cet exemple illustre comment le perfectionnisme d’un enfant atypique peut parfois créer des tensions au sein de la famille, mais avec communication et compréhension, il est possible de trouver des solutions qui préservent l’harmonie familiale.
Je t’invite aussi à lire cet article : Comment définir un objectif réaliste pour un enfant atypique? Les 5 étapes indispensables

Cultiver l’acceptation de l’imperfection
Apprendre de ses erreurs
Pour aider les enfants atypiques perfectionnistes, les parents doivent montrer qu’il est tout à fait normal de se tromper. Les erreurs ne sont pas des échecs, mais des occasions de grandir et d’apprendre.
Lorsque les parents admettent leurs imperfections, ils transmettent un message puissant à leurs enfants : « Il est normal de faire des erreurs, et c’est grâce à elles que nous évoluons. »
A lire aussi : Comment accepter l’échec?
Montrer l’exemple
En racontant des anecdotes réelles où tu as surmonté tes propres doutes et erreurs, tu pourrais inspirer tes enfants. Ils pourraient s’identifier à ces situations et se sentir moins seuls dans leur cheminement. Chaque erreur devient une histoire à partager, une leçon à tirer et même un joli moment de rigolades.
Le jour où tu as confondu le sel et le sucre pour faire la jolie tarte aux figues?
Ou le jour où tu t’es trompé de jour pour souhaiter l’anniversaire de mamie?

Les bienfaits de l’imperfection
Dans son livre » Les bienfaits de l’imperfection « , Brenée Brown nous invite à embrasser nos imperfections pour mener une vie plus épanouie, en nous libérant de la pression de la perfection. Elle y souligne l’importance de la vulnérabilité et de l’authenticité, en montrant comment accepter nos faiblesses peut renforcer nos relations et notre bien-être.
Le livre met en lumière le courage de se montrer tel que l’on est, en dépassant la peur du jugement et en cultivant la compassion envers soi-même et les autres. Brown encourage à trouver un équilibre entre acceptation de soi et aspiration à grandir, en reconnaissant que l’imperfection fait partie intégrante de l’expérience humaine.
Encourager l’auto-compassion
L’auto-compassion, c’est le super pouvoir d’être son propre meilleur ami, même dans les moments difficiles. En tant que parent, tu peux aider tes enfants à développer cette précieuse compétence émotionnelle.
Commence par leur expliquer que l’auto-compassion n’est pas de l’indulgence, mais plutôt une manière de traiter les erreurs et les échecs avec compréhension et bienveillance. Ils ne devraient pas être trop durs envers eux-mêmes.
Montre-leur comment tu t’appliques toi-même cette auto-compassion. Partage tes propres anecdotes de moments où tu as fait des erreurs et comment tu t’es réconforté.
Explique-leur que l’auto-compassion est une des clés du bonheur. Les enfants qui se traitent avec gentillesse sont plus confiants et moins anxieux. Ils sont prêts à affronter les défis avec une attitude positive.
En cultivant l’auto-compassion, tu aides tes enfants à construire une relation précieuse avec eux-mêmes.

A lire aussi : 50 façons de prendre soin de soi
Le perfectionnisme forge les légendes
Tu es souvent agacé par le perfectionnisme de ton enfant?
Rappelle-toi que le monde des célébrités regorge d’exemples inspirants d’individus atypiques pour qui le perfectionnisme a été un véritable tremplin. Voici quelques étoiles qui ont brillé grâce à leur quête de l’excellence.
Steve Jobs, le visionnaire exigeant
Steve Jobs, co-fondateur d’Apple, était connu pour son tempérament intense et sa perspicacité hors norme. Sa quête obsessionnelle de la perfection dans le design et la fonctionnalité a révolutionné plusieurs industries.
Son perfectionnisme a aidé à créer des produits emblématiques comme l’iPhone, changeant la façon dont le monde communique.
Simone Biles, la gymnaste d’exception
Diagnostiquée avec un trouble déficitaire de l’attention/hyperactivité (TDAH), Simone Biles a surmonté de nombreux défis. Sa détermination et son attention aux détails lui ont permis de réaliser des performances gymnastiques époustouflantes. Elle se démarque par le degré de difficulté de ses exercices et les mouvements créés à son nom.
Elle est devenue l’une des gymnastes les plus décorées de l’histoire, inspirant des millions de jeunes athlètes, avec un palmarès également riche de sept médailles olympiques.
Elon Musk, l’innovateur infatigable
Elon Musk, qui a déclaré être un autiste Asperger, a toujours été un penseur différent. Sa poursuite incessante de l’innovation et de la perfection a propulsé des entreprises comme SpaceX et Tesla.
Il a révolutionné l’industrie spatiale et automobile, et continue de repousser les frontières de la technologie.

De jolis exemples inspirants n’est-ce pas?
Cet article pourrait également t’aider pour mieux accompagner ton enfant : Comment encourager son enfant à réaliser ses rêves?
FAQ – Perfectionnisme chez l’enfant atypique
1. Le perfectionnisme est-il fréquent chez les enfants atypiques ?
2. Comment faire la différence entre exigence saine et perfectionnisme excessif ?
3. Faut-il chercher à supprimer le perfectionnisme chez son enfant ?
4. Que dire à un enfant qui n’accepte pas l’erreur ?
5. Quel est le rôle du parent face au perfectionnisme ?
Conclusion
Le perfectionnisme de nos enfants atypiques n’est ni un défaut à corriger, ni une erreur éducative à réparer. C’est un signal. Un langage. Une manière pour eux de tenter de sécuriser un monde qu’ils perçoivent souvent comme trop intense, trop rapide ou trop imprévisible.
Quand je regarde Melyssa aujourd’hui, je comprends mieux ce qui se jouait derrière ces exigences, ces détails qui prenaient toute la place, cette difficulté à lâcher. Ce n’était pas un refus de coopérer. C’était une tentative de garder le contrôle pour ne pas se sentir submergée. Et tant que je cherchais à lutter contre ce perfectionnisme, la tension ne faisait que grandir.
Le jour où j’ai commencé à l’accueillir autrement, à poser un cadre sans nier son besoin, quelque chose s’est apaisé. Pas miraculeusement. Pas du jour au lendemain. Mais progressivement. En valorisant l’effort plutôt que le résultat. En laissant de la place à l’erreur. En montrant, par mes propres imperfections, que tout ne doit pas être parfait pour être juste.
Accompagner un enfant perfectionniste, c’est apprendre à marcher sur une ligne fine. Encourager sans mettre de pression. Apaiser sans éteindre. Canaliser sans enfermer. C’est un chemin exigeant, parfois inconfortable, mais profondément transformateur.
Car un perfectionnisme soutenu avec sécurité et bienveillance peut devenir une force incroyable. Une force alignée. Humaine. Vivante. Et surtout, une force qui n’abîme ni l’enfant… ni le lien qui nous unit à lui.
Cet article participe à l’événement interblogueurs « Le perfectionnisme, un atout ou un frein à la réussite? » lancé par le blog madame-pas-de-soucis.fr. Valérie – Madame Pas de Soucis, life organiser depuis 2017, a fait de la charge mentale son cheval de bataille. Parmi tous les articles de son blog, il y en a deux que je trouve particulièrement intéressant Comment enfin arrêter de répéter les mêmes choses à votre enfant. et 10 techniques anti-stress naturelles

Merci pour cet article. Je me sens vraiment concerné avec mon 2eme qui est très exigeant avec lui même, cela lui vaut des pleurs plusieurs fois par semaine. Merci pour les conseils, valoriser le processus et dire que se tromper c’est apprendre marche asse bien pour lui !
Merci Virginie.
Article très intéressant!
L exemple d elon Musk est très inspirant!
Son histoire est fascinante effectivement.
Merci pour cet article ! Très pertinent, que ce soit pour les enfants mais pas que ! Les adultes perfectionnistes peuvent tout autant se sentir visés. Article super utile !
Merci pour cert article! Malgré son atypie, mon second ne montre pas un perfectionnisme démesuré. A moins que sa peur de l’échec, lorsqu’il préfère baisser les bras plutôt que le relever ses manches, soit un signe de perfectionnisme?
En tout cas, je prends note de ces bons conseils!
Ravie d’avoir pu apporter un éclairage différent sur le perfectionnisme.
Mes deux enfants ont été diagnostiqués surdoués par une neuropsy. Pourtant les deux sont très différents. L’un est perfectionniste, très organisé et ne dévie jamais de ses objectifs. L’autre pas du tout. Il va travailler autrement et à une tendance au bordel assez prononcée…donc pas du tout perfectionniste. Et si je lui demande de ranger, la réponse: c’est mon côté artiste qui s’exprime!
C’est fascinant d’avoir 2 facettes très différentes de la douance.
Excellent article. Effectivement montrer l’exemple à nos enfants en acceptant nos imperfections, en leur racontant des anecdotes où nous avons fait des erreurs et avons tiré des leçons de cela est une approche constructive. Merci pour tous ces conseils.
Merci Jeanne.
Merci pour cet excellent article, je reconnais bien là mon fils diagnostiqué TDAH. Il est effectivement important de montrer que le chemin est aussi important que le résultat et accepter en tant que parent d’être imparfait (aussi 😉). Belle journée. Nathalie
Merci beaucoup Nathalie
Merci Nathalie
Merci intéressant ce rappel de sagesse !
Merci Xavier
Super intéressant, merci pour cet article qui permet de trouver quelques pistes pertinentes face au perfectionnisme !
Merci Arnaud
Merci pour ta super participation ! 😊🌴
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